L’unité du peuple d’Israël : comment se fait-elle ?

Service œcuménique, chapelle de Jasmin, le 24 janvier 2019

L’identification de « valeurs » communes est nécessaire pour fonder l’espérance du quotidien et construire un avenir commun, qui soit vivable pour tous. Ce défi se présentait déjà au moment de la mise en forme du peuple d’Israël et de ses lois, telle que le livre du Deutéronome nous les présente, et amène des réponses précises : le souvenir, la joie, la justice …

Lecture biblique : Deutéronome 16:1-20

Le souvenir du temps de l’esclavage et de la libération du peuple

La référence au passé est une condition sine qua non à l’espérance du quotidien et la construction de l’avenir.

Se souvenir de ce qui a été vécu avant nous, nous qui n’avons pas l’apanage de la foi, souvenir de reconnaissance envers celles et ceux qui nous l’ont transmise parce que vécue, incarnée puisque, décidément l’évangile de vie n’est pas une philosophie mais un mode d’existence…tout comme la loi « mosaïque » était bel et bien un mode d’existence.

Se souvenir : savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Savoir, se souvenir de qui l’on dépend, quel est le véritable maître de la vie. Non ! A ce titre-là, je ne suis pas mon maître, ma référence ultime. Même si je suis concerné au premier chef, je ne suis pas le décideur de mon propre avenir. Je dépends de quelqu’un d’autre dont je suis issu, dont j’ex-iste (existémai en grec). Exister c’est provenir de l’étant, en être issu, et non pas la source ! Nous avons, quelle que soit notre culture religieuse, nos racines spirituelles, nos pratiques ecclésiales, nous avons tous le souvenir vivace – si je puis dire – d’une même et unique référence à cette parole de Dieu, tout comme le peuple d’Israël était, fut bénéficiaire de cette exhortation, de cette invitation « Schema Israël », écoute Israël, souviens-toi Israël… au moment où tu vas entrer dans le pays que le Seigneur te donne, le pays de Canaan, la Terre promise. « Le Seigneur, le seul Seigneur est notre Dieu. Tu dois aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force ».

Voilà un premier point d’ancrage commun, unitaire, profond… de la présence de Dieu au milieu de nous.

La joie

Trois fêtes agricoles. Et au cœur de la fête, la joie. Pâques ou la fête des pains sans levain, fête de printemps. Un peuple en marche.

En été, et 50 jours après, celle des semaines (7×7) ou Pentecôte, réjouissance à l’occasion des moissons d’orge et de blé.

Et puis celle des huttes, des tentes, des tabernacles ou « Soukkot » c’est la même chose, la fête la plus importante, la récolte d’automne, celle des fruits… et du vin.

Des fêtes agricoles à la merci de la nature. Mais là encore toutes les trois rattachées, reliées au souvenir de la période égyptienne, de sa libération et de celui qui libère. Et, dans ces fêtes une joie qui fait sens. Sens communautaire. Non pas la joie que procure la bombance et les vins enivrants, ni même, à vrai dire les bénédictions abondantes ou non dont on doit, dont on devrait avec superstition remercier Dieu ! Une joie indescriptible. Celle de la convocation par Dieu lui-même à marcher ensemble vers son sanctuaire, espace et temps où le peuple peut « passer du temps » exclusivement dans la proximité de Dieu, proximité de sa présence, proximité de son alliance.

Image d'un groupe de personnes dans la nature
Vivre ensemble dans la joie @EPUdB

 

La joie : un « laisser-aller », un « laisser-passer » comme la Pâques où Dieu laisse partir, laisse passer le peuple en captivité. Laisser-passer qui manifeste le bonheur d’être. Mais, le bonheur et la joie ne sont pas reliés, nécessairement corrélés à la facilité, au confort qu’apportent l’abondance et la satiété des moissons…et du reste. Être pauvre et heureux, c’est possible. C’est même pour Dieu une réalité qui entraine l’autre, qui rend possible l’autre. « Heureux les humbles, les pauvres, les cœurs purs, le Royaume est à eux ».

Joie d’être, comme Moïse au centre du buisson ardent, avec Dieu, en lui, bouillonnant.

Voilà le second point d’ancrage commun, unitaire, profond de la présence de Dieu au milieu de nous…nous qui partageons cette même joie, qui la recherchons ardemment et qui la célébrons.

La justice

Celle qui est sans cesse rappelée comme inhérente à la présence de Dieu. Inhérente aussi au cœur humain qui la sait indispensable à toute vie en société même si, pourtant, l’humain s’accommode presque toujours et presque partout d’approximation en la matière ; la justice du plus fort, les arrangements égoïstes, possession, avidité toujours au détriment du plus faible, du plus fragile. Oui ! Et à telle enseigne, surréaliste que 26 « Crésus » à travers notre monde contemporain possèdent matériellement autant que la moitié de l’humanité rassemblée, dépossédée !

Pour approcher Dieu, tenter de vivre en sa présence, soutenir son regard, demeurer dans ses mains comme dit le Psalmiste, il faut faire preuve d’impartialité, de probité. Car sans cela, le pays qui regorge de lait et de miel nous est inaccessible et la vie en commun impossible. Jalousie, envie, violence, divisions, séparations, haine les uns des autres, incompréhensions sont les conséquences inexorables de l’injustice, de l’iniquité. Point de peuple. Point d’unité !

Qui fait justice ? Nous essayons souvent mais reconnaissons que c’est bien Dieu lui-même qui rend juste, qui justifie, nous justifie.

Voilà un troisième point d’ancrage commun, unitaire qui nous relie dans la foi une, dans l’esprit de Dieu, la justice de Dieu que nous recherchons tous, ici et là, de la même façon.

Trois dimensions donc : le souvenir de l’esclavage, l’appel à la joie et la recherche de la justice.

Trois dimensions qui pourraient paraître finalement bien théoriques ou même immatérielles si la réalité d’un autre peuple n’apparaissait pas, ne s’approchait pas sans cesse.

Car, là, au milieu de ce corpus, de cette institution en construction et en mouvance, bien instruite sur la Loi mosaïque, comme pivot central, en plein centre de cette appartenance, de cette culture, de cette « judaïté » pour eux, « christianité » pour nous, par derrière, comme en filigrane, une empreinte partout visible, ancien et nouveau testament confondus, l’omniprésence des pauvres, des petits, des sans-noms, des immigrés, des étrangers, déplacés, sans patrie, des veuves et des orphelins, jusqu’aux Lévites, miséreux serviteurs du Temple abandonnés à l’indigence par leurs utilisateurs. Bref ! Tout un autre peuple, lui aussi en marche et qui marche lui aussi au rythme du peuple de l’alliance, le même peuple, certes dans l’ombre des hommes et des « vivants » mais dans la lumière de Dieu qui les profile autrement, tout autrement.

Dieu a un problème avec les pauvres ! Un vrai parti pris, une préférence qui crève les yeux, une affection particulière qui font d’eux les premiers entrants dans la Terre Promise, le Royaume de Dieu, dans l’immédiateté du Royaume, de plain-pied. Pour eux, une présence spéciale de Dieu. Oui ! Une préférence, une protection, un profil quasi idéalisé dans lequel le Messie lui-même est annoncé et dans lequel Jésus s’incarne, serviteur souffrant, laissé pour compte, pourchassé, désigné à la vindicte populaire, bouc-émissaire.

Savez-vous pourquoi ce choix délibéré de Dieu en faveur des pauvres comme réalité incontournable de la foi ?

Tout simplement parce que les pauvres n’ont pas, eux, d’autre choix que de tout attendre de Dieu : la justice, la juste mémoire d’un peuple où chacun, c’est-à-dire tout le monde était alors réduit en esclavage, la joie totalement consacrée, manifestée, orientée vers la présence de Dieu dans une dimension d’adoration. Le pauvre attend-il donc tout de Dieu et Dieu lui offre-t-il tout, comme des mendiants de la grâce ?

À nous qui sommes des mendiants de la grâce, l’unité du corps et de l’esprit est-elle si éloignée que cela ?

Pasteur Pascal VERNIER
Caudéran
Jeudi 24 Janvier 2019

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