Une veillée de Noël pour petits et grands

« Ce 24 Décembre 2018, y aura-t-il une Veillée de Noël à Mérignac ? »

Je pense que nous étions plusieurs à poser cette question car début décembre, il n’y avait aucune annonce à ce sujet.

Oui, oui, il y aura bien une Veillée à 18h pour enfants… Ouf, nous nous réjouissons !

Accueil chaleureux, jolie décoration, auprès de la Bible ouverte...

Le temple de Mérignac vu de l'extérieur lors de la veillée de Noël Accueil chaleureux, jolie décoration, auprès de la Bible ouverte, la crèche éclairée par les quatre bougies de l’Avent, le sapin illuminé…

Des enfants de tous âges étaient présents, les plus petits hésitant à occuper les coussins au sol devant la table.

Nos fidèles flûtistes (Yves et Georges) vont « ouvrir » la veillée et soutenir les chants entonnés à voix puissante par Pascal, notre pasteur.

Et nous voilà emportés par la magie de Noël, petits et grands, disponibles, attentifs, pour mieux entendre. Entendre un conte de Noël à 5 voix, qui nous redit avec force et conviction le message de la Nativité (ce conte a été écrit au lendemain de la dernière guerre par Mme Decorvet, épouse du Pasteur Decorvet).

Veillée de Noël au temple de Mérignac à la lueur des bougies « Aujourd’hui comme il y a plus de 2000 ans, certains voyageurs ayant un urgent besoin de faire étape, attendent un hébergement, fut-il précaire : accueillons-les comme des porteurs de Bonne Nouvelle. »

Tous unis pour chanter, les Anges dans nos campagnes, mon Beau Sapin … et redire ensemble le Notre Père.

Moment privilégié pour tous, et je retiendrai un autre message : Noël ce n’est pas que le Père Noël, les cadeaux, etc. mais Communauté éclairée par l’Étoile du Bon Berger.

Merci, tradition oui, sans doute, mais « en même temps » ça peut pas faire de mal !

Liliane Lechevalier

Dans une étable - conte de Noël par Mme B. DECORVET

Quel temps de chien ! murmura l’aubergiste en refermant hâtivement la porte derrière lui, quel temps de chien, et la neige n’est pas loin ! De lourds nuages noirs, descendus des Cévennes, envahissaient rapidement le ciel, un vent glacial hurlait clans les grands châtaigniers et faisait onduler comme une mer la sombre masse des pins. — Fait pas bon être dehors ! conclut Maître Peyroche qui, ayant fermé les volets, se hâta de rentrer dans la cuisine bien chauffée.

L’auberge de l’Adreyt, petite construction basse aux murs épais couverts de dalles de schiste, se blottit au creux de la montagne sur la route du col de Lauze. La vue est splendide sur la chaîne de l’Aigoual. En été des bandes de touristes esca­ladent gaîment les lacets du chemin. Mais en cette veille de Noël, par un temps si froid et si mena­çant, qui donc sont ces voyageurs attardés sur la route ? La jeune femme a l’air si épuisée, si terri­blement lasse !

— Je n’en puis plus Jean, laisse-moi m’étendre ici, dans le fossé, à l’abri du vent.

— Oh l non, non, Marie, c’est impossible, il est tard et la neige menace. Encore un petit effort, je t’en supplie, l’auberge n’est pas loin.

Il soutient sa jeune femme ; la porte presque, mais qu’elle a l’air souffrante !

L’auberge… enfin ! mais les volets sont clos, tout est sombre, elle trébuche sur une pierre, lui, il frappe vigoureusement.

Enfin la porte s’entr’ouvre…

— Que voulez-vous ? demande une voix bourrue, ce n’est guère la saison des touristes et nous ne « faisons » plus restaurant.

Mais il a bousculé l’homme, ils sont entrés ; toute pâle la jeune femme s’appuie à la table :

— Nous n’en pouvons plus, dit le voyageur, vous voyez, ma femme est souffrante, elle ne peut pas aller plus loin ce soir. Ah ! Elle se trouve mal.

Madame Peyroche, qui s’activait à son fourneau, s’empresse, elle fait asseoir la jeune femme, lui verse, sans rien dire, une tasse de café brûlant, la cuisine est accueillante, c’est une grande pièce toute en bois : plancher, plafond, parois, tout est en sapin, il y fait chaud et clair…

— Mais nous ne pouvons pas vous loger, dit l’au­bergiste de sa voix dure, nous n’avons que deux chambres et elles sont louées toutes les deux à des réfugiés…

— Nous aussi, nous sommes réfugiés, dit triste­ment le voyageur, la semaine dernière, lors d’un bombardement notre maison s’est écroulée et nous avons tout perdu. Mais ma grand-mère m’a laissé, là-haut vers le Lauze, un vieux mas isolé…

— Où ça ?

— On l’appelle le Mas de Lhermet…

— Le mas à la vieille Chapelonne, interrompt tout à coup Mme Peyroche, vous la connaissiez ?

— Je suis Jean Chapelon et…

— Boudi ! Peyroche, tu entends ça ? Le pit­choune à la Chapelonne… Faites excuse, Mon­sieur, se reprend la femme de l’aubergiste, je ne vous aurais jamais remis, vous étiez bien jeune quand vous avez quitté le pays. Vous ne me reconnaissez pas non plus ?

— Non, Madame, mais il me semble…

— Je suis la Juliette, la fille de votre cousine, là-haut vers le Lauze. En avons-nous passé des veillées a Lhermet, auprès de votre bonne grand-mère, Monsieur Jean. Quelle femme ! S’il y en avait davantage comme elle, le monde serait moins méchant… Écoute Peyroche, dit-elle à son mari, nous ne pouvons pas laisser dans la peine le petit fils à la Chapelonne.

— Tu es bonne toi, interrompt brutalement l’au­bergiste, où les coucheras-tu ? À l’étable ?

— Il vaudrait mieux coucher à l’étable, dit timi­dement la jeune femme dont les couleurs reviennent peu à peu, que sur la route, je ne peux pas aller plus loin ce soir.

— Ce qu’il y a de sûr, c’est que vous ne pouvez pas monter à Lhermet ce soir, un chemin impos­sible, un « mas isolé »…

— Mais encore une fois, où les feras-tu coucher ? insiste l’aubergiste.

— Vous l’avez dit vous-même, intervient Jean, à l’étable. De la paille propre, une couverture, nous y dormirons mieux que dans le fossé.

— Depuis le départ de la Perle il y a de la place a l’étable, dit l’aubergiste en hésitant, mais y faire coucher des gens…

— Arrangez ça pour le mieux, supplie Marie Chapelon, mais ne nous renvoyez pas ce soir…

Madame Peyroche ouvre un placard, y prend des draps, des couvertures, elle pousse une porte, la voici dans l’étable, on sent l’odeur lourde et chaude du fumier. Bientôt tout est prêt, elle revient chercher ses voyageurs. Il faut enjamber le canal du purin, longer les planches derrière les­quelles s’abritent les chèvres, passer derrière les vaches, et là, dans l’angle reculé de l’étable, sur un monceau de paille fraîche, une couche impro­visée. Avec quelles délices la jeune femme se glisse entre les draps blancs pour reposer enfin ses membres si fatigués !

*

* *

— Jean, vite Jean, appelle au secours.

Il fait complètement noir, et on n’entend que les bruits de l’étable : la respiration lourde des vaches, et, par moments, le grelot d’une chèvre. Jean se lève en hâte, il tâtonne, mais se rappelle tout à coup, avec angoisse, que le bouton qui allume l’ampoule de l’étable est à l’intérieur de la cuisine. Il avance en tâtonnant, comme un aveugle, trébuche dans le fumier, patauge dans le purin. Enfin il rencontre le mur… et voici enfin la porte.

— Madame Peyroche, Madame Peyroche !

Ils doivent dormir du bienheureux sommeil des campagnards qu’aucune alerte n’éveille jamais…

— Madame Peyroche !

— Vite, Jean, Vite ! supplie la voix angoissée de Marie.

Il crie plus fort, frappe à coups redoublés, enfin on remue là-haut, on appelle. Des pas traînent sur le plancher, l’escalier craque, enfin la lumière s’allume, la porte s’ouvre et Mme Peyroche en bigoudis et camisole, les yeux lourds de sommeil demande :

— Mais qu’y a-t-il donc ?

*

* *

— Un garçon ! Un beau petit garçon !

Eh bien vous êtes habile, et tout s’est rudement bien passé. Voyez comme il est mignon roulé dans mon châle.

Madame Peyroche a emmailloté le nouveau-né tant bien que mal dans une serviette-éponge, elle l’a roulé dans un fichu de laine et maintenant elle contemple, tout émue, cette merveille : un tout petit enfant nouveau-né.

— Tenez, Madame, prenez-le près de vous, bien au chaud, je vais chercher ma corbeille à linge, en lui mettant un coussin cela fera un berceau très convenable.

Madame Peyroche est partie et Jean, penché sur le tas de paille,lle peut quitter des yeux cette petite figure fripée, pas plus grosse que le poing: son fils, son fils nouveau né ! Il n’ose pas encore le prendre, c’est si fragile, si petit, si faible, il a peur de le briser.

Mais quel dénuement ! Dire que tout était si bien préparé pour son arrivée ! Le joli moïse tendu de soie fleurie, et garni de draps brodés, de couver­tures bleu pâle. Et la layette confectionnée avec tant d’amour, les petites chemises cousues à petits points et ornées de dentelles, les brassières en tricot fin… Tout cela est enseveli dans les ruines… il ne reste rien, rien. Plus pauvre qu’un mendiant son fils est né dans une étable…

Né dans une étable… ces mots ont une étrange résonance, qui donc, autrefois… ? Jésus ! est-il possible que Lui, le fils de Dieu, soit né ainsi dans cette misère et cette saleté ? Jésus, le Roi des rois! et pourquoi s’est-il abaissé ainsi ? Une vague d’adoration et d’amour submerge le cœur de Jean, remplit ses yeux de larmes ; des textes appris autrefois aux genoux de sa grand-mère et qu’il croyait bien oubliés lui reviennent en foule à l’esprit : « Il s’est abaissé lui-même… se rendant obéissant jusqu’à la mort. »

*

* *

— Voila un berceau de fortune qui fera très bien l’affaire — dit gaîment Mme Peyroche, qu’en dites-vous, ma petite dame ?

— Un berceau de fortune ‘? Vous voulez dire un berceau de misère ! Mais, devant la figure désap­pointée de la bonne hôtesse, Marie se hâte d’ajou­ter : pardonnez-moi, Madame Peyroche, j’ai l’air d’une ingrate, mais si vous saviez comme c’est triste, j’avais tout si bien préparé …

Marie ne peut finir sa phrase, elle sanglote : toutes les souffrances, les secousses, les terreurs, les fatigues des jours passés viennent maintenant assiéger son âme, elle est désespérée.

Mais un son étrange monte de la vallée, un carillon joyeux dont la musique emplit l’étable.

— Noël ! C’est Noël ce soir.

— Noël ! quelle dérision ! De quel ton amer la jeune femme a dit cela ! Quel désespoir, quels regrets infinis dans sa voix ! Noël, cela évoque pour elle les fêtes joyeuses d’autrefois, les Noëls d’abondance. La table du réveillon chargée de friandises, puis, après la messe de minuit, le bal jusqu’au matin. Quand elle était petite, Noël, c’était un soulier débordant de jouets, des boites de chocolats, un arbre, à l’usine où son père tra­vaillait, chargé de bonbons et de cadeaux. Le Temple ? Elle n’y est jamais allée, que le jour de son mariage parce que Jean y tenait tant … Elle répète, désolée : Noël ? ce soir ? Quelle ironie !

— Non, Marie, non, écoute ! Pour la première fois ce soir, j’ai compris Noël. Jean parle d’un ton pénétré, les yeux illuminés d’une lumière nou­velle et Marie le regarde si frappée que ses larmes s’arrêtent.

— Écoute, Marie, répète Jean, tu veux savoir ce que c’est que Noël ? Eh bien, voici : une route, une route très longue et très pénible, une jeune femme épuisée. Elle arrive à hôtellerie, pas de place, il lui faut coucher à l’étable. Et c’est là, dans une étable, plus pauvre que celle-ci — il n’y avait pas d’électricité à Bethléem — et si sale que pour coucher le pauvre bébé on me trouva que la mangeoire, c’est là qu’est né le Roi de gloire, le Maître et le Créateur. Voila Noël.

— Mais pourquoi ? malgré elle la jeune femme a posé cette question, tant cela lui parait impossible : cette pauvreté et cette grandeur.

— Pourquoi ? Tu veux dire pour qui ? Pour toi et pour moi, parce qu’Il nous a tant aimés. Il a voulu se dépouiller complètement, jusqu’au bout, être plus pauvre que le plus pauvre,pour pouvoir nous sauver tous.

— Comme vous parlez, Monsieur Jean, on dirait votre grand-mère, la sainte femme.

— C’est peut-être de me retrouver dans cette terre bénie des Cévennes, Madame Peyroche, c’est plutôt la grâce de Dieu en ce jour de Noël : ce petit bébé m’a prêché un beau sermon, j’ai vu, par lui, le miracle de Noël, l’abaissement du Fils de Dieu. Ensemble, tous les trois, nous le servirons, Marie.

— Tu m’apprendras à Le servir, ce Dieu qui s’abaisse pour nous sauver, n’est-ce pas Jean ?

— Il mettra sa joie dans nos cœurs, cette joie qui rayonnait chez ma grand-mère, malgré sa pau­vreté, sa solitude et ses deuils, Il nous donnera sa joie et nous n’aurons pas souffert en vain.

FIN

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